Aux Algues Citoyens !

 

 

Au même titre que la Réunion, Mayotte est un département français à 100% qui renforce la présence effective de notre pays dans une zone hautement stratégique.  Au-delà des aspects géostratégiques il convient d’offrir à nos populations un avenir décent basé sur une économie d’avenir favorisée par des échanges économiques de proximité plutôt qu’une relation de dépendance avec la métropole. Il est temps de doter nos départements d’un véritable outils économique basé sur un secteur au potentiel unique. Mais au juste de quoi parle ton ?

 

D’algues ! le pourtour de l’océan Indien est propice à la culture de nombreuses variétés d’algues rouges qui représentent une valeur économique bien supérieure à ce que nous pouvions imaginer. De l’engrais au biostimulant naturel pour l’agriculture, de l’ingrédient industriel qui rentre dans la composition de très nombreux produits laitiers, charcuterie, confiserie, émulsifiants, texturisantes, du polymère naturel qui remplace dans de très nombreuses applications le plastique conventionnel dont on ne sait plus se débarrasser, aux produits cosmétiques aux effets anti UV, rajeunissant, aux produits pharmaceutiques anti Covid déjà sur le marché,  à la révolution énergétique pour la production d’hydrogène bleu, ces algues possèdent un atout compétitif unique. Elles sont la base d’une nouvelle chaine de valeurs qui répond à la demande croissante de nos sociétés. Bien qu’elles soient bientôt éligibles au crédit carbone (carbon offsetting est le droit de continuer à polluer sans se remettre en question), je préfère convaincre les entreprises de se concentrer sur la réduction de leur empreinte carbone à tous les niveaux de leur chaine de valeur. On appelle cela le scope 2,3 et 4. Si vous prenez un plastique conventionnel que vous le comparez avec un bioplastique ce dernier aura une empreinte carbone moindre. Mais ce bioplastique est fabriqué à partir de matière première qui consomme de l’eau potable, qui pourrait servir dans l’alimentation humaine et de ce fait son empreinte carbone est encore mauvais en comparaison du polymère algal qui est extrait d’algues marines.

 

Les Algues rouges dont je vous parle sont toutes organiques et cultivées dans des endroits sans pollution ni contaminant. Leur transformation se fait sans aucun produit chimique ni transformation alcoolique. Le produit final est un exemple de pureté et ressemble en tout point chimiquement à la plante qui pousse dans l’océan. A ce jour le marché est en grande partie alimenté par des lagues du sud est asiatique très chargées en métaux lourds, pesticides et hormones en tout genre. Pour les rendre acceptables elles subissent de nombreuses transformation et traitement qui laissent dubitatif quand on sait qu’elles finiront dans des produits de consommation courante.

 

Pour faire évoluer ces pratiques, BioMarine a lancé en septembre dernier avec de nombreux mois de maturation, « Alliga », le premier accélérateur de fermes organiques qui regroupent 8 partenaires autour du globe et qui représente 3000 Ha de fermes en cultivation (de loin le premier réseau mondial dans ce domaine). Avec ses partenaires fermiers, Alliga met au centre de l’échiquier la notion de communauté locale, la valorisation d’une expertise communale voire régionale.  Il faut admettre de payer le juste prix pour la production d’algues afin que les populations locales (80% de femmes) puissent participer au développement de leur communautés et réinvestir dans l’extension de leur ferme.

 

Notre partenaire historique dans ce projet est une société que nous accompagnons dans son développement et qui a été pionnière dans le secteur. Faisant figure de Petit Poucet face aux grands groupes internationaux SELT s’inscrit dans une démarche sociale, environnementale et éco-responsable sans précèdent. Ses produits révolutionnent de nombreux secteurs industriels et participent à la création de richesse à tous les niveaux de la chaine de valeurs.  Le Prince Albert II de Monaco et Annick Girardin la Ministre Française de la mer ont inauguré la semaine dernière sa deuxième unité de production en Tunisie.

 

Alors Pourquoi a-t-on l’impression de faire du sur place ?

 

A cette question plusieurs réponses :

 

  1. Tout d’abord, il convient de savoir que les algues en tant que produits naturels ne sont pas autorisés dans la préparation des ingrédients industriels. E406 et E407 sont les deux verrous réglementaires qui empêchent le déploiement de ces ingrédients naturels aux propriétés tellement intéressantes.  Un changement de cette règlementation entrainerait le développement massif de fermes d’algues organiques autour du monde créant des millions d’emplois directs et indirects. Ceci aurait aussi pour effet rapide de créer des puits carbone massifs même si la transformation d’une partie de ces produits entrainera une relâche de ce carbone. (Un modèle alternatif consistera à imposer un Ha de ferme pour un Ha de reforestation naturelle). En comparaison et sans entrer dans la réalité scientifique exacte du mode de calcul on admet qu’un M2 d’algues absorbe entre 5 à 7 fois plus de carbone qu’une forêt primaire. Investir dans les arbres est une bonne idée mais il faudra attendre entre 10 et 20 ans pour arriver à maturité. Certaines algues peuvent pousser de plus de 5 mètres par JOUR !  En comparaison et sans entrer dans la réalité scientifique exacte du mode de calcul on admet qu’un M2 d’algues absorbe entre 5 à 7 fois plus de carbone qu’une forêt primaire. Investir dans les arbres est une très bonne idée mais il faudra attendre entre 10 et 20 ans pour arriver à maturité alors que certaines algues peuvent pousser de plus de 5 mètres par JOUR ! Les impacts sur la biodiversité sont eux aussi immenses car on note un retour rapide de la vie dans les cultures d’algues. Ces algues participent aussi à la réduction de l’énergie des houles et améliorent la protection des côtes pendant les périodes cycloniques. Elles sont des agents régulateurs des effluents nitratés qui proviennent de l’utilisation abusive d’engrais en agriculture.

 

  1. Une des autres réponses tient à la vision politique de nos dirigeants. Compte tenu des échéances électorales courtes il est plus facile de faire le tour des sites industriels condamnés et sans avenir alors que le lancement d’une nouvelle filière nécessiterait de travailler pour l’avenir sans avoir la certitude de retour à courte échéance. Heureusement certains de nos dirigeants ont compris ces enjeux et avancent avec volonté sur ces terrains : Monaco, Portugal, France, Polynésie Française, Ecosse, Canada, California, Maine, South Australia, New South Wales, Southern Australia, Western Australia, Nouvelle Zélande, Maldives, Mozambique, Zanzibar, Madagascar, Bengladesh, Inde, Mexique, de très nombreux états insulaires du pacifique.

 

  1. Une autre composante de cette équation est liée à l’investissement. L’Europe avec son Green Deal dépense sans compter en investissant dans des programmes importants, mais la plupart des projets financés trouvent difficilement leur place sur le marché international dominé par la réactivité et l’esprit entrepreneurial Nord-Américain. Sur deux dossiers directement liés aux algues j’ai passé des mois à essayer d’éduquer et convaincre les investisseurs européens sans résultats concrets.  De l’autre côté de l’atlantique en moins de 4 semaines, nous avions deux banques d’affaires qui signaient un engagement pour conduire ces deux entreprises sur le Nasdaq comprenant qu’elles étaient vraiment révolutionnaires et innovantes dans leur approche.  L’Australie vient de mettre en place un programme attractifs qui permettait aux industriels et aux startups bleues de recevoir un supportde1$ pour 1$ investit et cela pendant 10 années. Je reste convaincu que l’aspect carbone finira par attirer les opportunistes du bleu et les spéculateurs mais cela aura le mérite de propulser un certain nombre de société dans la bonne direction.

 

  1. Enfin le frein majeure de cette révolution bleue est la perception du grand publique. Le touriste qui visite les bords de mer à la période estivale considère que les algues sont plutôt un inconvénient alors que si on avait passé du temps sur l’éducation de nos jeunes générations les algues serait un consensus générationnel.

 

 

Lancée en 2008 BioMarine avait pour objectif de mobiliser la conscience citoyenne autour des enjeux de la mer et des océans. Nous avons échoué. Cependant nous avons compris qu’il était de notre devoir de préparer le travail en amont et de faire émerger les tendances qui transformeront durablement notre société. Dès 2014 BioMarine s’est engagée dans le développement de la filière algues et des bioplastiques d’algues. Aujourd’hui nous pouvons garantir à nos partenaires des produits de qualité sans transformation chimique qui intègrent une dimension socioéconomique et environnementale. Nous sommes fiers du chemin parcouru sachant que le plus intéressant reste à accomplir. Je voulais remercier à ce stade tous nos partenaires fermiers et industriels qui font partie du projet Alliga :SELT Marine Group -Tunisia, Cascadia BC – Canada, Sea Grove Kelp – Alaska - USA,  Atlantic Sea Farm Main-USA, Algolesko – France, Venus Shell, NSW – Australia, merci aussi à mes partenaires Antoine Erwes, Nicolas Erwes, Veronique Erwes, Valerie Gray, Warren Dowd, John Burdiga, Isabelle de Cremoux et tous nos partenaires industriels et scientifiques qui nous accompagnent dans cette démarche.

 

Rejoignez nous et participez à notre filière algues !

 

Pierre Erwes

Président BioMarine

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